LA CONFERENCE

Les engagements internationaux et les progrès en cours vers l’accès universel à la prise en charge dans les pays du Nord comme du Sud constituent une nette avancée dans le combat qu’ont mené depuis des années de nombreux acteurs de la lutte contre le VIH/sida. L’accès universel et gratuit pose néanmoins des questions en terme de financement. Dans quelle mesure les mécanismes actuels de financement sont en effet appropriés pour permettre d’envisager la continuité de l’accès universel et sa gratuité à long terme? Ces questions étaient posées lundi soir dans le cadre d’un satellite organisé par l’ANRS, l’agence nationale de recherche sur le VIH et les hépatites.
L’intervention de Benjamin Ciotat a porté sur l’impact des accords TRIPS sur la propriété intellectuelle sur l’accès universel. Trois ans après la pleine application des accords, quelles seront les conséquences pour les pays du Sud d’ici 2010? Lors de la signature des accords en 1994, une période de transition a été proposée pendant laquelle les pays du Sud étaient en droit de produire localement des médicaments. Suite a la signature des accords de Doha en 2001, l’Inde et la Thailande sont alors devenues “les pharmacies du Sud”. En parallèle, une politique de prix préférentiels a été initiée par les laboratoires pharmaceutiques sous la médiation de l’OMS. C’est également pendant cette période de transition qu’ont été crées de puissants mécanismes de financements comme le Fonds mondial et le Pepfar. La conjonction de ces facteurs a entraîné une baisse spectaculaire des prix: la première ligne de traitement passant de 10 000 $ à environ 140$ en 2004. En 2005, non seulement la période de transition a pris fin mais le contexte global a beaucoup évolué: le nombre de personnes sous ARV a beaucoup augmenté, les changements dans les recommandations de l’OMS vont entraîner des modifications dans les molécules, de plus en plus de personnes ont besoin de deuxième ligne. S’il existe une flexibilité des accords TRIPS pour les pays en développement, notamment via les licences obligatoires, les mécanismes sont complexes et leur mise en œuvre n’est possible qu’avec une importante pression politique. Les laboratoires pharmaceutiques n’hésitent pas à utiliser des moyens de pressions ou à intenter des procès contre les pays utilisant ces flexibilités. Il est urgent de réfléchir des mécanismes de financement innovants permettant de sécuriser l’approvisionnement à long terme des personnes ayant initié un traitement ARV et celui des personnes qui devront être mises sous traitement au cours des prochaines années. Deux représentants de Thaïlande et du Brésil ont témoigné des difficultés rencontrées par leur pays après s’être engouffres dans la brèche ouverte par les flexibilité des accords TRIPS faisant écho a notre mobilisation de l’année passée contre le chantage exercé par Abott contre le gouvernement thaïlandais.

Emilie



Mardi matin

Enfin une session en français! C’est appréciable!

Deux médecins d’ ARCAD SIDA ont animé cette session avec un peu d interactivité puisqu’on a introduit la cession par une définition élaborée collectivement par les personnes présentes : qu’est ce que l’éducation thérapeutique?

Une approche globale prenant en compte le maintient ou l’amélioration de la qualité de vie des patients.

Il s’agit de prévenir une mauvaise observance afin d’éviter la survenue de résistances aux ARV, et de s’assurer ainsi de l’efficacité au long court de la prise en charge médicamenteuse, d’assurer un suivi régulier du patient (suivi clinique, immunovirologique, psycho-social et nutritionnel.) On parle de prévention tertiaire. Il s’ agit de rendre le patient plus acteur de sa prise en charge par un soutien et un apport de connaissances approprié.

Nous avons ensuite abordé les facteurs d’inobservance liés aux malades sur le plan émotionnel, cognitif, comportemental et socio-économique, les facteurs liés directement à la maladie et aux traitements (contraintes de prises et effets indésirables) et ceux liés au contexte politique, économique et sanitaire du pays dans lequel on se trouve.

Les collègues d’ARCAD SIDA ont insisté sur la plu value d’une approche éducative dans le contexte difficile des pays du sud ou l’accès à l’info et aux ressources est limitée.

Les principes et critères de qualité d’un programme d éducation thérapeutique sont :

- les partenariats mis en œuvre (pour le travail en réseau multidisciplinaire et l’orientation)

- une approche centrée sur le patient et qui soit formalisée avec lui

- des intervenants formés a l’éducation thérapeutique

- une évaluation qualitative et quantitative

Les modalités d’implantation des programmes d éducation mis en œuvre par le centre de santé communautaire a Bamako sont les suivants:

- formation des intervenants appelés « éducateurs » ( qui sont des soignants et des militants associatifs dont des PVVIH, patients experts.)

- la mise à disposition d’outils d éducation adaptés au public

- l’animation d’une séance collective d éducation (10 a 15 participants)

- l’animation d’une séance individuelle (consultation d observance)

- 1 “Club Observance”. Groupe de soutien thérapeutique pour des patients ayant commencé ensembles un traitement.

- 1 groupe d’auto-support permettant l’échange d’expériences et de solutions pratiques , la gestion des effets secondaires des TTT et favorisant l’emergence de leadership

- le suivi-évaluation et des réunions des éducateurs,

- le “recyclage des éducateurs” (formation continue, je suppose)

Les supports utilises pour ces programmes sont:

- des cartes d invitation aux séances de groupes

- un dossier individuel patient remis a la personne

- une boite a images interactive pour l’éducation thérapeutique

- le module de formation pour les éducateurs

- le module de formation des formateurs en ETP

- le rapport d activité

Le CESAC de Bamako s’est un objectif interessant : voir la place des PVVIH comme des relais d information sur le terrain .

Peut d’ indicateurs d’évaluation ont été présentés à part les indicateurs biomédicaux et le taux de perdus de vus (qui s’élève a 10% de la file active du CESAC)

L’éducation thérapeutique des personnes vivant avec une maladie chronique devienne un enjeux majeur de santé publique en France. Les bailleurs institutionnels s’y intéressent de plus en plus. Il est temps qu’à AIDES, dans nos délégations, nous puissions valoriser ce que nous faisons déjà et formaliser des approches et des programmes de soutien et d’ éducation thérapeutique impliquant les intervenants communautaires. Sinon, les soignants et uniquement les soignants vont se saisir de la question et ce serait nier l’expertise profane des PVVIH si chère à AIDES.

Christophe POROT

Administrateur



Présentation de Robert Siliciano sur la persistance du VIH chez les patients sous HAART. Un brillant exposé par un des experts mondiaux dans le domaine. R. Siliciano a rappelé que le but à atteindre est 1) d’arrêter la réplication virale ; 2) d’identifier les réservoirs responsables de la virémie résiduelle ; et 3) de trouver un moyen pour éradiquer ces réservoirs.

Le problème que pose le VIH est sa persistance dans les CD4 au repos et dans les cellules T mémoires à longue durée de vie. Il est estimé qu’il faudrait 70 ans pour éliminer naturellement ces réservoirs ! La virémie détectée sous HAART (<50 copies / ml) proviendrait de la libération du virus par les cellules qui composent ces réservoirs et ne serait pas le résultat de l’infection latente de cellules CD4 au repos qui seraient réactivées. Cette hypothèse est démontrée par le fait que 1) les virus isolés dans le sang sont très proches de ceux trouvés dans les réservoirs ; 2) l’analyse de la séquence de ces virus montre qu’il y a très peu d’évolution (il devrait y en avoir beaucoup plus si les virus étaient produits par des CD4 infectés à cause des erreurs commises par la transcriptase inverse) ; et 3) l’intensification du traitement n’a pas d’effet sur la virémie.

Quels sont ces réservoirs ? chez 50% des patients sous HAART qui sont en dessous du seuil de détection, la virémie résiduelle est dominée par un petit nombre de séquences virales, qui montrent peu de variations entre elles. Ces virus ne se trouvent pas dans les CD4 au repos.

Comment éradiquer ces réservoirs ? les laboratoires de recherche développent de nouveaux modèles de culture in vitro des cellules T infectées au repos pour pouvoir analyser quelles seraient les molécules capables de les éliminer.

De l’espoir donc dans la compréhension de ce phénomène qui, jusqu’à présent, met en échec l’efficacité des traitements pour guérir de l’infection à VIH.

Marie



Trois interventions de qualité, scientifiques, justes, militantes et émouvantes.

Tout d’abord une intervention sur les possibles angles d’attaque contre le VIH ( avant, pendant ou après exposition). Ce que l’on peut retenir c’est qu’il faut toujours travailler sur les VACCINS , même si les résultats probants ne sont pas pour demain, mais il faut aussi travailler pour resserrer les liens entre prévention et traitement, bien au-delà de la prévention materno-fœtale.

Puis un cri d’alarme,d’alerte et de réaction en faveur des méthodes de substitution et de Prise en charge des Usagers de drogues. Il faut arrêter de réfléchir aux éventuels bienfaits, il faut AGIR MAINTENANT, tout de suite car cela fonctionne. L’intervenante à également plaidé de façon très émouvante en faveur de la libération de médecins emprisonnés en IRAN.

Pour terminer la session, un fort plaidoyer pour que les MSM soient plus la cibles de recherches et d’attention et que l’on lutte efficacement et fortement dans tous les pays ou l’homophobie et la discrimination règnent en maîtresses.



Une session s’est tenue lundi matin pour faire le point sur les vaccins et les microbicides. Le moins qu’on puisse dire est …qu’il n’y a pas grand chose à dire. Les résultats publiés ces derniers mois pour les essais de vaccins (9/10 ont échoué),et de microbicides (9 essais arrêtés, 2 en cours) n’ont pas tenu les promesses espérées. Néanmoins tous les orateurs de cette session étaient d’accord pour trouver des raisons d’espérer et pour dire que :

- un essai qui se conclut par un résultat global négatif ne signe pas la défaite de tout le champ de recherche. Il est important d’analyser en détails les raisons qui ont conduit à cet échec, et surtout les leçons à en tirer pour la suite. Il est donc important aussi de travailler à la façon dont on communique autour de ces résultats face aux énormes attentes ;

- aujourd’hui moins que jamais on ne doit baisser les bras face à ces revers ;

des initiatives et des fondations s’engagent dans ces domaines de recherches en mobilisant des fonds, en recrutant de jeunes chercheurs capables d’amener un autre regard sur ces problèmes, en favorisant les recherches fondamentales permettant d’acquérir les connaissances qui nous manquent encore. Nous avons besoin de revoir les principes sur lesquels étaient fondés jusqu’à présent les recherches et d’accumuler de nouvelles connaissances ;

Nous avons principalement besoin d’innovation, et de plus de collaborations dans un contexte de ressources qui deviennent limitées.

Marie



Début de session par la présentation d’un nouveau sex toy : le préservatif féminin !

Et si on érotisait la prévention en mettant le plaisir au cœur de nôtre discours ? Le « pleasure project », c’est exactement ça ! Bref aperçu de la session :

- Des campagnes de communication ou la notion de plaisir devient centrale. Le préservatif est abordé sur le mode « éclatez-vous » plutôt que sur le « protégez-vous ». Au Brésil, ça dope les ventes de préservatifs ! On est loin des messages où les notions de prévention et d’infection occupent toute la place.

- Des actions dans les paroisses catholiques où des ateliers destinés aux couples mariés se concentrent sur le plaisir sexuel. Les orgasmes et la sexualité épanouie sont vus comme de véritables outil de RDR en tant que frein à l’infidélité (saintes écritures, spiritualité et films érotiques au menu).

- Des programmes de RDR et de promotion du dépistage en direction des personnes prostituées où l’on aborde le plaisir avec le client. Le tabou du plaisir enfin brisé pour agir ensemble sur la réalité que vivent des personnes déjà très discriminées par les professionnels de santé en raison de leur activité sexuelle.

- Des actions « hommes entre eux » où le besoin de sexe est placé au cœur des discours sur la prévention et où on noue un partenariat avec une star des films pornos gays. Il n’y aurait donc pas que les questions de dépistage et de statut sérologique dans la tête d’un homme qui va avoir un rapport sexuel ?

- Des actions de promotion du préservatif en Inde où, après avoir travaillé avec les personnes sur les freins au préservatif masculin, on présente le préservatif féminin comme une alternative sexy et coquine.

- Des ateliers de santé sexuelle où l’on demande à des groupes d’hommes et de femmes de dessiner la cartographie de leurs zones érogènes et celle de l’autre sexe (d’après leur représentation). L’échange de copie à la fin sert à enclencher un dialogue.

- Des partenariat avec des réalisateurs de films X pour tourner des clips de prévention torrides (ou ludiques) sur les préservatif (on y voit un homme mettre le préservatif féminin à sa partenaire, une femme se masturber avec, bref le fémidon dans toutes les positions).

Cela va sans dire que ce genre de session (images à l’appui) ne laisse pas indifférent et ouvre des perspectives …. Pour notre plus grand plaisir !!

Aurélie Verny